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Description
Un monde qui apprend à flotter
Avec L’Âge d’eau (L’âge d’eau), Benjamin Flao signe un roman graphique impressionnant, à la croisée de la dystopie, du road movie et de la fable écologique poétique. L’histoire se déroule dans un futur proche où l’eau a définitivement pris le dessus. De vastes régions sont englouties, les villes disparaissent derrière d’immenses digues et des communautés entières tentent de survivre sur des habitations flottantes, des colonies improvisées ou les rares morceaux de terre encore émergés.
Pourtant, L’Âge d’eau n’est pas une bande dessinée post-apocalyptique classique, dominée par la violence et le désespoir. Benjamin Flao adopte au contraire une approche profondément humaine et contemplative. Au cœur du récit se trouve une famille qui refuse de se soumettre au nouvel ordre établi, tandis que les autorités cherchent à regrouper les survivants dans des zones d’accueil strictement contrôlées, protégées par d’immenses digues.
Jeanne vit sur une maison flottante au milieu d’une région submergée. Ses fils, Hans et Gorza, entreprennent un voyage en bateau en compagnie d’un mystérieux chien bleu, qui traverse le récit tel un guide presque mythique.
Sur le plan graphique, L’Âge d’eau compte sans aucun doute parmi les œuvres les plus abouties de Benjamin Flao. Son dessin foisonne de détails : paysages aquatiques à perte de vue, bâtiments à moitié engloutis et ciels grandioses composent des planches d’une beauté parfois picturale. Son expérience de voyageur et de dessinateur-reporter transparaît dans la manière dont il observe les décors et les personnages. Chaque page témoigne d’un amour palpable pour la nature, les textures et la lumière.
L’auteur n’utilise cependant pas ce cadre post-apocalyptique pour multiplier les scènes de catastrophe ou les séquences d’action spectaculaires. L’Âge d’eau est avant tout une œuvre méditative et profondément humaine sur l’adaptation, la perte et la survie. La crise climatique constitue l’arrière-plan évident du récit, mais Benjamin Flao privilégie la nuance et la poésie au catastrophisme. Au milieu des ruines inondées, il cherche avant tout à imaginer de nouvelles formes de liberté, de solidarité et de coexistence.
Le résultat est un roman graphique d’une grande richesse visuelle et émotionnelle, qui transforme un futur inquiétant en une réflexion sensible sur la capacité de l’être humain à réinventer sa place dans le monde.